Bill Fontana, sculpteur de sons

Pionnier de la musique expérimentale, le Californien Bill Fontana est l’invité d’honneur de la quatrième édition de la Biennale internationale du son. Retour sur une carrière de plus d’un demi-siècle, marquée par une obsession : explorer la musique cachée du monde.

États-Unis, Europe, Émirats arabes unis, Japon, Thaïlande, Australie… Bill Fontana a fait le tour du monde avec ses installations sonores d’envergure. Sa spécialité : capter les sons d’un lieu et les projeter dans un autre, comme une “superposition” acoustique qui recouvre le paysage sonore existant.

“J’aime révéler la musique qui nous entoure au quotidien, la magnifier et attirer l’attention dessus” explique l’artiste.Cet amour du son naît très tôt. Bill Fontana grandit à Cleveland, à quelques pas des institutions culturelles où il se rend régulièrement pour des expositions et des concerts.

“Je n’étais pas un virtuose, mais je jouais du piano et de la clarinette.” Dans les années 1960, il part à New York étudier la philosophie et la musique. “J’ai eu la chance de suivre un cours avec le grand John Cage. Il disait : “Tout est musique”. Ça a été une révélation”, se souvient l’artiste. 

Les vagues du Débarquement à Paris

Il commence alors à composer des pièces pour clarinettes et brass bands et s’intéresse au son comme médium pour jouer avec les perceptions.

“La philosophie, en tant que science des idées, m’a beaucoup apporté. J’y ai puisé le travail conceptuel, nécessaire dans chacune de mes œuvres.” Aux quatre coins du monde, Bill Fontana installe des capteurs pour donner à entendre les vibrations du lieu provoquées par le bruit ambiant. Il se souvient particulièrement de l’installation créée à Paris pour le 50ᵉ anniversaire du Débarquement, en 1994.

“J’avais déjà travaillé autour du son des vagues à Sydney ou à New York. À Paris, je suis parti à la recherche de l’endroit le plus bruyant possible : la place de l’Étoile. J’ai choisi de diffuser sur l’Arc de triomphe les sons des côtes normandes, masquant le bruit du trafic et créant un incroyable décalage sonore.”

Les cloches de Fontevraud au Mans

Depuis la fin des années 1990, ses projets explorent des technologies innovantes : microphones acoustiques de haute précision, capteurs sous-marins, dispositifs qui permettent de produire du son à partir d’images…

Attiré depuis toujours par les cloches, l’artiste présentera lors de la Biennale une performance intitulée “Hors normes”.

Le principe : saisir les vibrations de la ville grâce à des capteurs fixés sur les cloches de l’abbaye de Fontevraud, déplacées pour l’occasion dans les jardins de la cathédrale Saint-Julien. Des haut-parleurs diffuseront ces sons ambiants sur la place des Quinconces et en centre-ville.

“On va clairement entendre les cloches, non pas sonner, mais écouter et faire résonner les bruits de la ville en temps réel. C’est un honneur pour moi d’ouvrir le festival avec ce travail.”


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